PRESSE
"Ces musiques sont garanties sans ajout d'instruments ; en outre, les animaux n'ont pas été maltraités à l'enregistrement !"
Au début
du siècle, l'écrivain naturaliste Jacques Delamain invitait
le compositeur Olivier Messaien en Charentes pour aprofondir ses connaissances
ornithologiques. L'écrivain ne disait jamais "les oiseaux",
mais les "artistes". Les oiseaux avaient su "parvenir à
la pure musique, et du cri, faire jaillir le chant" : "l'eau verte
reflète les saules et les peupliers. Tout à coup, une voix éclate
dans les roseaux ou les ronces : c'est la bouscarle, petit fauvette rageuse
et invisible." (Jacques Delamain, Les jours et les nuits des oiseaux,
Stock, 1932.
Un demi-siècle après Messaien et ses Oiseaux exotiques, c'est
à Nancy que Jean Poinsignon poursuit cette aventure musicale ornithomusicologique
à travers un album écrit sous la forme d'une partition "dont
les instruments sont des motifs de chants ou simplement le grain du son d'un
chant, sa dynamique".
-Bestioles- est autant une plongée dans un univers sonore saisissant
qu'un voyage organique, sorte d'anthropométrie du verbe animal. A travers
des titres comme "La forêt est-elle vierge ?", "Insectes,
etc.", "Tétraphonie", "Tétra et tralala",
le compositeur invite l'auditeur à se laisser traverser par une nature
très mélodique, à se laisser porter par des percussions
fantastiques, à s'amuser de sons parfois grotesques et joyeux comme
ceux d'une jungle folle et parodie de l'affairement de l'homme des villes.
Parfois aussi, une mélodie douce vient vous saisir au point le plus
sensible de votre être, et le cheminement se produit qui vous transforme,
vous enlève votre peau, vous fait parcourir la mue inverse de la chenille
au papillon : envol, abandon de l'exosquelette, nymphose, ponte et retour
au coeur de l'ombre. L'homme se décharne et fond dans le bouillon originel
de l'humanité : une manière de retrouver le sens de l'existence
à travers les sons simples de la nature mis en relief par la composition
très maîtrisée des -Bestioles-.
Philippe KREBS (revue Hermaphrodite)

photo Gérard Drolc
Un éden sonore
Illustrateur sonore et compositeur, le Nancéien Jean Poinsignon
enregistre les bruits d’insectes, le chant de tout un peuple d’eau,
d’herbe, d’air pour composer des œuvres qui sont comme autant
d’odes à la nature. Fascinant.
Il les appelle affectueusement ses Bestioles et vient de les réunir
sur un drôle de CD. Jean Poinsignon compose de singulières musiques
à partir des chants, vibrations des insectes, oiseaux, batraciens,
mammifères de tout poil qui, près de chez nous ou jusqu’au
plus profond de la forêt équatoriale, « grognent, gémissent,,
gazouillent, grattent sifflent, chantent, grésillent, stridulent à
perdre haleine .» Ancien programmateur à France 3 Nancy, illustrateur
sonore de son état, Jean vit par son oreille, baigne en permanence
dans un univers de sons, de fréquences. Sa façon à lui
d’être attentif au monde, de manière modeste mais précise,
attentive.
De son métier, il possède la rigueur, cette pratique exigeante
qui consiste à « habiller » des images, qu’il s’agisse
de fictions, de documentaires, de génériques. « Et plus
les formats sont courts, plus les contraintes sont grandes, la précision
est nécessaire !» Egalement compositeur, il a délaissé
la guitare classique pour les ordinateurs, les synthétiseurs afin de
créer des musiques qui lui ressemblent. C’est dans le domaine
de l’infiniment petit, de fréquences souvent inaudibles à
notre oreille qu’il a trouvé sa propre matière avec les
sons de la nature, en les modélisant. « Une musique qui ne fonctionne
pas avec les mêmes armes que les autres » glisse-t-il en souriant.
« Je ne suis pas naturaliste, botaniste, pas spécialiste des
espèces, ni chasseur de sons. Je ne fais pas non plus de musique d’ambiance.
J’ai juste l’impression d’ouvrir une porte d’un jardin
merveilleux… »
Bienvenue dans un éden peuplé de crapauds acoucheurs, da fauvettes,
de bousiers, colonnes de fourmis crissant sur des feuilles mortes. Un monde
que Jean avoue enregistrer avec un empirisme total, une fascination absolue
à la recherche de textures de sons assemblés de manière
alchimique pour célébrer la biodiversité, les liens qui
nous unissent à l’infiniment petit. « les compositions
qui en découlent sont parfois étranges, mais jamais étrangères
à nos oreilles… »
Mais que l’on ne s’y trompe pas : derrière cette démarche
transparaît en filigrane une philosophie, une approche aimante, une
écoute du monde et des gens, un respect profond de la vie. Ce qui rend
si attachant l’univers de Jean Poinsignon et de son disque plein de
Bestioles qui ne demandent qu’à être apprivoisées
par nos oreilles …
Francis Kochert – le Républicain Lorrain




Midi Libre du 3 décembre 2011



